Conférence sur les émotions du jeune enfant animé par Jean Epstein

J’ai eu la chance de pouvoir assister à cette conférence animée par Jean Epstein qui est un psychosociologue français reconnu dans le monde entier. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la petite enfance. C’est vraiment un personnage! D’apparence, il ressemble au père noël ( en plus il en rajoute en portant un gilet rouge!), et quand il parle, on est face à un super orateur qui a tenu sa conférence sans faillir pendant presque 3h. Beaucoup d’humour, de bon sens et une vision de ce domaine assez proche de la mienne. Il s’adressait essentiellement aux professionnels de la petite enfance (éducateur de jeunes enfants, titulaires du cap petite enfance, assistant maternels…) mais beaucoup de choses sont valables aussi pour nous parents. Il a été surpris de trouver autant d’hommes dans l’assemblée. Il les a même compté à l’entrée! Sur 500 personnes présentes à la conférence il y avait 53 hommes!
Bon j’avoue que j’ai un peu de mal à mettre en ordre tout ce qu’il a évoqué mais je vais faire au mieux!

Pour apprendre à gérer les émotions de nos enfants qui sont la colère, la peur, le dégoût, la surprise, la joie, la tristesse et la frustration, il va falloir répondre à leurs interrogations, les rassurer, leur montrer qu’on les aime tel qu’ils sont, et les aider à trouver leur place que ce soit dans la famille ou en société.

La sécurité affective, l’estime de soi.
Pour l’aider à acquérir cette sécurité, il faut montrer à l’enfant qu’on l’aime, le valoriser tout en lui imposant un cadre. Il a besoin d’avoir des limites. Ça ne veut pas dire qu’il n’essaiera pas de les repousser mais il ne faut pas faire de lui un enfant roi. La frustration est très importante. Il n’est pas seul et doit apprendre à attendre. Lui dire non ne changera pas les sentiments qu’il éprouve pour nous. Il nous aime malgré tout! Il faut également lui apprendre à s’ennuyer. Il ne faut pas chercher à occuper systématiquement son temps libre. Il faut qu’il fasse travailler la partie droite de son cerveau qui est l’imagination, la créativité. (En sachant que la partie gauche est celle de la logique et la partie arrière celle de l’affectivité).
J’ai noté quelque chose de très intéressant, c’est que la plupart des métiers que nos enfants exerceront dans le futur n’existent probablement pas encore et que les plus créatifs d’entre eux auront peut être l’idée de créer un nouveau métier et donc de s’en sortir mieux que les autres. (verdict dans quelques années!)

Il faut aussi savoir sanctionner. Pour que soit efficace, la sanction doit être:
1) immédiate
2) véhiculée par la personne concernée
3) cohérente
4) ferme et non discutable
5) expliquée mais pas négociable
6) adaptée à l’enfant
7) irréversible (sauf si on se trompe de coupable)
8) réalisable.

C’est grâce à ce cadre qu’on lui apporte que l’enfant est ensuite armé (en sécurité) pour se sociabiliser.

Il faut qu’il ait des repères sociaux. Pour qu’il puisse se sociabiliser, il faut qu’il ait confiance en lui mais également confiance en ceux qui l’entourent. Il faut l’aider à gérer seul les conflits qu’il peut rencontrer avec ses camarades ou ses frères et sœurs. On ne doit intervenir que si notre enfant est systématiquement le souffre-douleur sinon vraiment il faut les laisser se débrouiller. On ne les aide pas en voulant toujours les défendre. On ne fera que le rendre « faible » face aux problèmes qu’il rencontrera par la suite. Je sais que c’est dur parfois, on aime pas les voir se faire bousculer en haut du toboggan par les petits que Jean Epstein qualifie de « chicouf » (on dit chic quand ils arrivent et ouf quand ils s’en vont!).

Il faut aussi les aider à se détacher de nous, à avoir confiance en eux. En France, les professionnels de la petite enfance ont une approche assez négative dans les termes. Ils parlent de « séparation mère/enfant » tandis qu’au Québec ils parlent d’ « accompagnement du lien ». Et j’avoue que ce n’est pas simple. Pour Louka, je travaillais donc j’ai du rapidement m’en détacher (et inversement) puisqu’on devait le laisser toute la journée. Et ça s’est relativement bien passé puisqu’il était avec papi et mamie! Pour Milan, c’était différent. A part quelques heures dans la semaine, je l’avais toujours avec moi alors, bien qu’il connaissait l’école maternelle comme sa poche, la rentrée ne s’est pas forcément bien passée lorsqu’il a du quitté maman. (et pour moi aussi ce fut dur!) Mais simplement en le rassurant et en gérant suivant son comportement et ses compétences acquises, on a pris des décisions. Dans un premier temps, on ne l’a mis à l’école que le matin. C’est seulement au retour des vacances de Pâques qu’il va y aller également 2 aprems par semaine pour faire la sieste avec les copains. J’appréhende un peu mais on va faire ce qu’il faut pour qu’il y aille sans craintes.

Autre chose que j’avoue avoir appris lors de cette conférence c’est qu’à la naissance, le bébé fabrique l’odeur de sa mère. Il cessera aux alentours des 2 mois qui entoure la marche. C’est à l’adolescence qu’il quittera son odeur d’enfant. Mais chose incroyable c’est qu’il est capable de fabriquer l’odeur de la personne référente (à la crèche ou son assistante maternelle) s’il se sent en sécurité. Il se détache de sa mère et on peut même y voir un attachement comparable à sa première histoire d’amour.

Par ailleurs, avant 3 ans, il n’existe pas de néophobie alimentaire, c’est à dire qu’il ne peut pas refuser de manger quelque chose qu’il ne connait pas. C’est pour ça qu’il est intéressant de leur proposer un maximum de diversité de textures et de goût lors de la diversification alimentaire.

Les émotions peuvent influer sur des notions qui paraissaient acquises. Pour la propreté par exemple, il arrive souvent que l’entrée à l’école ou la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur vienne chambouler les acquisitions. Là encore, il est important de rassurer son enfant. La variabilité des émotions peut faire de votre enfant quelqu’un de grand aujourd’hui puis de nouveau petit le lendemain.

Il faut s’attacher pour se construire, se détacher pour grandir.

Jean Epstein

L’enfant va se poser énormément de questions et c’est à nous, parents, de l’aider à y répondre:

  1. Suis-je aimé tel que je suis?
  2. Qui suis-je?
  3. Qui sont mes parents?
  4. Qu’est ce que j’ai le droit de faire?
  5. Quelle est ma place?

Je me répète mais c’est vraiment important, il faut lui montrer au quotidien qu’on l’aime. Un enfant carencé en affectivité dans son enfance peut devenir un adulte qui ne sait pas exprimer ses sentiments ou même qui a peur d’être aimé.

Votre enfant doit avoir des repères familiaux. Savoir qui il est, d’où il vient, qui sont ses parents etc. Dans le cas d’une séparation des parents, peu importe les rancœurs entre adultes, il ne faut pas dénigrer l’autre parent. Il aura toute sa vie pour se faire sa propre opinion. Il ne faut pas demander à l’enfant de choisir entre son père ou sa mère, ce serait le rendre responsable de la séparation.
Dans le cas, d’un décès, on doit rester vague sur les circonstances de la mort. Il nous a cité en exemple le cas d’une maman qui avait expliqué à son enfant que le papa s’était suicidé. Vu qu’un enfant se sent rapidement responsable de ce qui peut se passer autour de lui, il a pensé que c’était à cause de la bêtise qu’il avait fait que son papa s’était suicidé. Il faut vraiment faire attention à ce qu’on leur raconte.

De plus, il ne faut pas comparer les frères et sœurs entre eux. Ils peuvent tous les deux en souffrir. L’un va se sentir rabaissé, mal aimé, l’autre pourra dans l’avenir redouter en permanence l’échec ou de ne pas être le meilleur. Il est important de leur apprendre à perdre. A la maison, quand on fait un jeu de société, tant que la règle du jeu n’est pas parfaitement assimilée on ne joue pas la gagne. Mais je peux vous dire qu’une fois que Louka avait pigé le jeu des 7 familles, je n’avais plus aucun scrupule à jouer à fond. Il a appris à perdre, et s’est même amélioré grâce à ça. Au bout de quelques défaites, il a fini par bien me plumer comme on dit! Pareil au foot, au début on avait tendance à le laisser gagner sans soucis, mais plus maintenant! Sinon comment le faire progresser?

Il faut leur montrer quel est leur rôle en tant qu’enfant. Il faut savoir faire la part des choses entre celles qu’on peut leur demander de faire comme de choisir entre faire du roller ou du vélo par exemple, et celles qui ne sont pas de leurs ressorts comme le choix du prénom du petit frère ou de la petite sœur ou la prochaine destination de vos vacances. Ce n’est pas qu’il ne faut pas les impliquer dans la vie de famille, bien au contraire, mais il faut que ça reste dans la mesure de leurs compétences.

Enfin, il a également parlé des enfants qu’on catalogue trop vite avec les 3 mots à la mode: hyperactivité, dyslexie, autisme. C’est vrai qu’on a tendance à dire un peu trop hâtivement qu’un enfant un peu trop turbulent est « hyperactif », que celui qui a du mal à lire est un « dys » et que celui qui a un comportement bizarre est probablement « autiste ». Mais en fait, il y a surtout une grande diversité d’enfants, qu’ils ne gèrent pas tous leurs émotions de la même manière, et qu’ils n’évoluent pas forcément au même rythme. Il faut vraiment prendre le temps d’observer son enfant, son comportement seul, avec les autres ( on peut même le ou les filmer pour analyser leur comportement et adapter le notre en fonction), mais surtout donnons leur tout notre amour et notre bienveillance!

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4 commentaires sur “Conférence sur les émotions du jeune enfant animé par Jean Epstein

  1. Article super intéressant !! La conférence devait être top!!
    Il y a néanmoins 2 points qui me turlupinent…
    la dyslexie, l hyperactivité et l autisme ne sont hélas pas à la mode… mais juste aujourd’hui très bien diagnostiqués, donc effectivement on en parle un peu plus. Si doute il y a, on file chez un professionnel pour avoir (ou non) un diagnostic.
    Enfin, la neophobie alimentaire existe bel et bien avant 3 ans… c est ce qu on appelle le trouble de l oralite alimentaire, et ce trouble touche beaucoup plus d’enfants que l’on ne croit! Sauf qu’il est méconnu, et beaucoup de personnes le qualifie un peu trop rapidement comme « caprice » alimentaire…
    voilà pour mes petits avis!!

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